EXTRAIT :Les Echos, 1er septembre 2008

A trois mois des élections prud'homales, le leader de la CFDT publie jeudi un livre où il promeut le « pragmatisme » de sa centrale et se défend de toute proximité excessive avec le pouvoir et le patronat. François Chérèque se lâche. Ses convictions et ses craintes, les réformes passées et futures, ses relations avec l'Elysée ou la CGT : le secrétaire général de la CFDT dit tout, ou presque, dans un livre (*) à paraître jeudi et qui marque le vrai coup d'envoi de sa rentrée. A trois mois des élections prud'homales (le 3 décembre), le titre, « Si on me cherche... », en dit long sur l'approche retenue. La CFDT, tout en réaffirmant son caractère réformiste, veut bousculer son image de syndicat trop consensuel. Dans un climat de grogne sociale qui pourrait faire le jeu, aux prud'homales, des syndicats contestataires, François Chérèque a choisi de monter au front et d'occuper le terrain. Mardi dernier déjà, lors de l'université d'été de sa centrale, il a réclamé au gouvernement des « gestes » rapides (notamment sur les retraites et la prime transport) et des garanties sur la place du dialogue social. Avec ce livre, il combat farouchement les accusations de proximité avec le pouvoir politique et le patronat, qualifiées d'« incompréhensions » et de « rumeurs absurdes ». En témoignent les portraits sans concession qu'il dresse de Nicolas Sarkozy - « très bien entouré » mais qui « n'a pas la fibre » sociale - ou de Laurence Parisot (Medef), à qui il sait gré de « défendre la démocratie sociale » mais qu'il dépeint en « groupie » du chef de l'Etat. Candidat à sa succession Comme pour mieux réaffirmer sa droiture, il affirme qu'en octobre 2007 Nicolas Sarkozy lui a proposé une loi d'« amnistie générale » suite au scandale de l'UIMM. « Choqué », il a expressément refusé, écrit-il. L'Elysée dément mais François Chérèque réitère son affirmation dans « Le Journal du dimanche » paru hier. Sa plume est moins acerbe envers François Fillon, un « idéologue libéral », mais un homme « ouvert » et « loyal ». A gauche, il n'épargne pas Ségolène Royal, qui « n'a pas réellement pris le temps d'écouter les syndicats », mais est élogieux envers Dominique Strauss-Kahn et Bertrand Delanoë, avec qui il peut avoir de « vraies discussions. » Qualifié, à l'issue de la réforme des retraites de 2003 et de celle des régimes spéciaux l'an passé, de « traître » par les autres syndicats, François Chérèque se définit en réponse comme un « pragmatique » qui assume ses choix : « Les pseudo-«trahisons» de la CFDT d'un jour sont, pour les autres, les avantages acquis du lendemain ! » Lucide et franc, il reconnaît aussi des erreurs, comme sur l'affaire des recalculés de l'Unedic, où il regrette d'avoir « réagi comme un technocrate ». Quelques mois après la signature avec la CGT et le patronat d'un accord sur la représentativité, il juge « inéluctable » le tournant réformiste de la CGT et félicite Bernard Thibault d'avoir engagé le mouvement... mais lui reproche d'« entretenir toujours un peu l'ambiguïté » dans ses discours. A titre personnel, enfin, il indique qu'il se représentera très probablement en 2010 pour un troisième mandat. En défendant âprement ses choix et en promouvant un syndicalisme qui sait « se remettre en cause pour être plus efficace », c'est aussi cette campagne-là qu'il vient de lancer.

DEREK PERROTTE


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